Author Archive for Fabienne

Violence éducative

Les châtiments corporels sont interdits dans de plus en plus de pays, mais en France comme aux États-Unis, l’adoption d’une telle loi est encore loin de faire l’unanimité. Pour tous ceux qui, comme nous, sont convaincus de la nécessité de cette loi, il est difficile de ne pas ressentir colère et révolte en regardant cette carte d’Europe :
- en vert, les pays dont la loi interdit les châtiments corporels à l’école et a la maison.
- en bleu, les pays dont la loi interdit les châtiments corporels à l’école.
- en rouge, LE pays où la loi n’interdit pas les châtiments corporels.

Législation des chatiments corporels en Europe

Législation des chatiments corporels en Europe (source : http://en.wikipedia.org/wiki/Corporal_punishment)

NOTE : les informations de la carte ci-dessus sont caduques. En effet, comme l’indique Jacqueline Cornet sur son site : “Quant à nos écoles françaises, une circulaire de l’Éducation Nationale de juin 1991, faisant déjà suite à de précédentes circulaires, rappelle : “À l’école maternelle… aucune sanction ne peut être infligée” et “À l’école élémentaire… tout châtiment corporel est interdit”. Alors qu’en fait, les châtiments corporels avaient été mis officiellement hors la loi dans les écoles en France depuis 1887 !”

Je partage avec vous une vidéo où un père, par ailleurs juge dans le Texas , bat sa fille de 16 ans à coups de ceinture pour avoir téléchargé illégalement du contenu internet sur son ordinateur. La jeune fille avait branché sa caméra et a filmé la scène. Elle vient de le publier sur YouTube, 7 ans après les faits, provoquant un débat sur la nécessité de légiférer. Elle a déclaré espérer ainsi déclencher une réflexion chez son père.

Cette scène insoutenable est le quotidien d’innombrables enfants en France. Vous pouvez réagir en vous adressant à vos élus, en adhérant à l’Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire, ou tout simplement en communiquant autour de vous.

“Le Mur” (psychanalyse et autisme)… La suite

Si vous avez été intéressés par le documentaire sur l’approche psychanalytique (approche basée sur la théorie des pulsions) que nous avons récemment signalé, alors vous serez peut-être curieux de savoir que trois des psychanalystes interviewés dans ce documentaire portent plainte contre la réalisatrice, et ont également tenté de faire saisir les rushs du documentaire par un huissier de justice.

Voici une interview de la réalisatrice et de son avocat : Interview de Sophie Robert

Ce documentaire, qui met à jour l’absence de bases scientifiques de praticiens référents pourtant payés par l’État, a fait réagir beaucoup de monde. On reste interloqué devant une telle ignorance associée à une éthique parfois déplorable.

Le Mur (psychanalyse et autisme)

Il y a une incompatibilité fondamentale entre la théorie de l’attachement, à laquelle se réfèrent la plupart de nos livres, et les théories psychanalytiques, qui prônent une séparation mère-bébé. La théorie de l’attachement a pourtant été formulée par un psychanalyste, John Bowlby, et fondée en partie sur les propositions d’un autre psychanalyste, Donald Winnicott. Il est vrai que ces deux penseurs ont pris des distances importantes avec le dogme psychanalytique, accordant plus d’importance à l’observation et à la clinique.

L’incompatibilité attachement/psychanalyse a été bien décrite dans les livres d’Alice Miller et dans le passionnant échange entre Olivier Maurel et Michel Pouquet, paru sous le titre “Oedipe et Laïos: dialogue sur l’origine de la violence”. C’est un débat particulièrement pertinent en France, où l’influence des concepts psychanalytiques reste majeure dans le secteur psychiatrique, ce qui n’est plus le cas dans les autres pays (à l’exception de l’Argentine et de la Suisse). Il en résulte que l’approche de certaines pathologies est non seulement faussée par cette influence, mais surtout que la prise en charge des patients est inefficace, voire nocive, et fait perdre un temps précieux dans toutes les situations où une approche pluridisciplinaire, précoce et adaptée est nécessaire.

L’inaptitude de la psychanalyse à aider les patients* et à rendre compte de ce qu’ils vivent est frappante dans le cas de l’autisme infantile. La situation française de ces enfants est tout à fait particulière, révoltante disent certains, puisque le secteur psychiatrique est très en retard sur l’ensemble du monde médical et échoue à offrir l’accompagnement qui permettrait à ces enfants de développer les compétences nécessaires à une vie autonome et équilibrée. De plus, la psychiatrie française utilise toujours des pratiques qui relèvent d’une déontologie douteuse, telles que le packing ou le refus de communiquer un diagnostic aux parents**.

C’est le sujet d’un documentaire intitulé “Le mur”, réalisé par Sophie Robert, avec le soutien de l’association Autistes sans Frontières. Vous pouvez voir ci-dessous ce documentaire de 52 minutes en trois volets. Nous vous recommandons également le bonus en deux parties, où le Dr Monica Zilbovicius expose les connaissances scientifiques actuelles au sujet de l’autisme. Enfin, l’interview de la réalisatrice Sophie Robert par le collectif Autisme Info31 est passionnant.

LE MUR, La psychanalyse à l’épreuve de l’autisme - Partie 1 from linkiz on Vimeo.

LE MUR - La psychanalyse à l’épreuve de l’autisme - Partie 2 from linkiz on Vimeo.

LE MUR – La psychanalyse à l’épreuve de l’autisme - Partie 3 from linkiz on Vimeo.

LE MUR – La psychanalyse à l’épreuve de l’autisme. Bonus Partie 1 from linkiz on Vimeo.

LE MUR – La psychanalyse à l’épreuve de l’autisme. Bonus Partie 2 from linkiz on Vimeo.


itw de Sophie Robert par autisme.info31 par autisme_info31

*Notez qu’un bon clinicien, quel que soit son support théorique, peut toujours apporter une aide, et qu’à l’inverse, un mauvais clinicien, même s’il s’appuie sur des données fiables et solides, n’apportera qu’une aide restreinte. Mais pour des enfants présentant des troubles du développement, on préférera d’excellents cliniciens qui se réfèrent a des théories aussi bien démontrées que possible !

** en toute illégalité

Maquillage corporel et Blessing Way

Un article copinage/coup de cœur pour une activité qui s’adapte très joliment à la plénitude de la grossesse : le maquillage corporel.

Solenn, de Rennes, peint les visages d’enfants, les corps des mamans, …
On peut voir son travail sur son site Barbouille & Barbidon.

Chaque peinture y a son histoire, sa symbolique, un moment qui peut signifier beaucoup dans cette période aussi fertile en bouleversements profonds. Je me souviens des images qui ont pris un sens tout à fait particulier lors de mes grossesses, et qui ne m’ont jamais quittée depuis.
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Deuil périnatal

Nous partageons ici un livre et un blog sur la perte d’un enfant au moment de sa naissance.

Voici le texte de présentation de “MARIE-KERGUELEN, Histoire d’un deuil périnatal”, un livre de Gaëlle Brunetaud :

“Il est des événements dont on ne guérit pas.
On les porte en soi pour toujours On croit que le temps passe, qu’il lisse l’effroi.
On croît qu’on a sublimé l’épreuve, qu’on l’a dépassée, oubliée. Pourtant, le mal est fait, et, au plus profond de soi, la douleur est intacte. Le cœur, déséquilibré, ne bat plus pareil. Une fenêtre est béante, le vent s’y engouffre, la vie s’y dérobe. On est glacé. On est perdu. Une part de soi s’est enfuie. On est fragilisé à jamais, en manque pour toujours. En soi, désormais, quelque chose n’attend plus que la fin. Il faut peut-être plonger profond pour trouver la source de sa vie.
En laissant ma fille s’envoler, j’ai trouvé une pierre précieuse, une petite flamme qui s’apparente au cristal de l’âme…”

Prenez le temps d’explorer les liens suivants pour mieux découvrir ce texte :
Le livre sur le site de l’Harmattan ainsi que le blog de l’auteure.

Gaëlle Brunetaud nous a confié ces extraits choisis de “Marie-Kerguelen” :

Aussi loin que je me souvienne, je porte en moi la maternité comme un bonheur sacré.
A sept ans, c’est avec une fierté de reine que j’emmenais mon petit frère à l’école. Je tenais par la main le plus grand trésor de l’humanité.
Mon petit frère … Nous passions sur la route sans la toucher. Nous n’entendions rien du dehors. Nous ne reconnaissions personne. Nous ne parlions qu’entre nous. A l’heure de la sieste, j’entrais dans l’école maternelle pour glisser mon frère dans son lit. Debout à côté de lui, je le veillais comme une mère, comme une louve. Je restais figée sur son souffle jusqu’à ce qu’il s’endorme. Ma classe pouvait attendre. Rien ne comptait plus que le sommeil de mon petit frère. Rien ne comptait plus que mon rôle de petite mère. Rien ne comptait plus que mon amour pour l’enfant qu’il était, pour l’homme qu’il deviendrait. Je voulais être celle qui éveille les enfants, celle qui les porte dans la vie, celle qui les soutient jusqu’à l’envol, celle qui les guide sur le chemin du bonheur.

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Je suis enceinte.
D’autres diraient : « j’attends un enfant ».
Mais quelque chose en moi refuse l’attente.
Je sens une petite âme prendre place, je vis ce miracle de chaque instant, j’observe la vie qui pousse en moi. Je dialogue avec ce petit être qui me tient compagnie, et avec qui je ferai, si Dieu le veut, un bout de chemin. Je l’aide à grandir du mieux que je peux. De tout mon cœur.
Je remercie la vie. A chaque instant, je remercie la pluie, je remercie le soleil, je remercie les étoiles, je remercie le froid, le chaud, le bruit, le silence, le jour, la nuit…
Je remercie le ciel. Et je prie. Mes heures sont une douce prière pleine de joie et mes jours sont remplis de lumière.
Un mois passe dans la douce exaltation. Puis vient le jour de la confirmation à l’échographie : mon ventre couve une petite merveille de quatre millimètres. Son cœur en battant forme un mouvement d’étoile.
Je suis enceinte d’une étoile et c’est bientôt Noël.

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J’ai attendu le train tellement longtemps que j’ai cru qu’il n’allait jamais venir. En montant enfin dans la rame que je croyais vide, j’ai été surprise par un homme plié en deux sur une vieille banquette en skaï orange. Il serrait ses jambes contre sa poitrine pour cacher ses larmes et son visage bouffi. Il était parcouru de sanglots. Je ne pouvais lui offrir qu’un regard doux ; j’aurais voulu le soigner rien qu’en le touchant des yeux. Je me suis installée à distance raisonnable, la seule qui permette l’apprivoisement. Pas trop près pour ne pas l’effrayer, pas trop loin pour qu’il perçoive ma proximité discrète.
Et pendant tout le trajet, je n’ai pas cessé de prendre soin de lui en l’enveloppant du regard. De temps en temps, l’homme aux yeux rouges sortait les yeux de sa caverne et m’offrait sa tristesse. Alors je redoublais de compassion. Je me suis courbée vers lui, les deux mains jointes dans une sorte de prière silencieuse. Je ne bougeais pas. J’étais captivée par cet homme en sanglots.
Puis ma station est arrivée et je me suis levée. Je lui ai tendu les mains, pas pour qu’il les saisisse, mais seulement pour les lui offrir, et puis je lui ai dit quelques mots. Il m’a souri, et je lui ai offert mon plus beau regard de paix.
Bizarrement, à cet instant, ce n’est pas lui, mais moi qui étais en train de guérir de quelque chose. J’ai pris sa peine, il a pris la mienne, et nous avons laissé le sac de douleur fondre dans le crissement des roues du train sur les rails.

Cécile Flé au salon “Forme & bien-être” de Caen

Cécile Flé, l’auteure de “Créer des liens”, sera présente au salon “forme & bien-être” qui aura lieu à Caen les 27, 28 et 29 Mai prochains.

Nous invitons les normands et les amis de passage à lui rendre visite. Que vous soyez une famille adoptante, que vous appréciez son approche thérapeutique, ou que vous sentiez tout simplement curieux d’en savoir plus sur la gestion mentale et la santé humaniste, vous rencontrerez quelqu’un de profondément humain. Vous en saurez plus sur Cécile en parcourant son blog : Créer des liens.

“faire le deuil de l’enfant qu’on imaginait”

Je souhaite partager avec vous ce témoignage bouleversant. Bien qu’il s’agisse d’une situation exceptionnelle, je pense que tous les parents peuvent y trouver matière à réflexion.

Dans ce texte, “TOC” signifie “troubles obsessionnel compulsif”; “Aspie” et “SA” signifient “syndrome d’Asperger“.

“Je voudrais raconter l’histoire de mon frère qui, même s’il est officiellement sévèrement TOC, doit être Aspie. Tony Attwood dit que 25% des Aspies ont aussi un TOC. Né en 1952 il n’a pas pu bénéficier des avancés en matière d’autisme. Mon père a toujours essayé de le mettre dans le moule de normalité, y compris en le fouettant avec une cravache. Ma mère disait en boucle qu’il était “hopeless” (”nul”, littéralement “sans espoir”). La seule personne qui le comprenait ma tante, qui est malheureusement décédée trop tôt.

Le centre d’intérêt de mon frère était les taureaux. Mon frère était brillant à l’école, mais sans véritables amis, sauf un qui était différent comme lui. Comme la tradition anglaise le veut, il a été envoyé en internat où il a énormément souffert de brimades, y compris des profs. Il a fini par partir seul le dimanche (on ne rentrait pas le week-end), ce qui a été interprété comme des fugues, mais il est toujours revenu. Mes parents ont fini par le ramener à la maison et il est allé à un collège/lycée du coin, où il a de nouveau été cible de brimades. Il a réussi brillamment ses examens à 15 ans et se préparait à l’équivalent du bac. Étant dans une école pour garçons et ayant aucun contact avec les filles il a fini par tomber amoureux d’un garçon qu’il a harcelé avec des lettres d’amour. C’était les années 60. La réaction était violente. Le résultat était catastrophique. Il a complètement changé, a arrêté de travailler à l’école, a insulté le proviseur et a fini par refuser de passer son bac.

Depuis ce jour il n’a jamais travaillé et a vécu aux crochets de mes parents. Il avait un correspondant allemand, chez qui il a finalement fait un séjour. Il a dû mentir pour dire qu’il était étudiant et quand il est revenu et a reçu une lettre de ce correspondant, il savait que s’était une demande de venir en Angleterre. Il s’est rendu compte que son mensonge allait être découvert. Il n’a pas ouvert la lettre et a mis à peu près 20 ans avant de pouvoir ouvrir une lettre. Maintenant il faut qu’il reste debout toute la nuit pour ouvrir le courrier.

Il a aussi agressé sexuellement un jeune garçon dans les toilettes et a été condamné pour agression sexuelle. Il disait qu’il ne voyait pas de mal dans ce qu’il a fait. (D’ailleurs le risque de tomber dans la pédophilie est plus fort chez les Aspies, selon Isabelle Hénault) C’était les années 1980 et heureusement pour lui il n’a pas fait de prison.

C’est quelqu’un qui ne peut pas faire les choses de base dans la vie, comme se laver, changer et laver ses vêtements, changer les draps, faire à manger. Il vit avec ma mère de 90 ans et il y a des gens qui viennent faire à manger et le ménage. Il ferme sa chambre à coucher à clé car c’est une telle porcherie il veut que personne n’y aille.

Il passe sa journée et souvent une grande partie de la nuit devant la télé. J’y vais quand je peux, mais il ne me laisse pas faire les choses qu’il ne peut pas faire, surtout ouvrir le courrier, sauf les courses et les repas!

Il est très lent. Son TOC l’oblige à faire des choses dans sa tête avant de faire autre chose, comme simplement partir. Il n’a aucune empathie et si on a le malheur de l’interrompre il lève la voix pour noyer l’autre personne et devient agressif. Il a une fois pété un câble parce que je suis arrivé avec 15 minutes d’avance, ayant pris un taxi.

J’ai signalé au médecin de famille que je pensais qu’il avait surtout un SA. Celui-ci l’a envoyé chez un psy qui a sorti son dossier TOC et après une discussion d’une heure a décidé qu’il n’était pas Aspie!!

Mon frère lui-même se fâche si je parle d’un SA.

Voilà comment on peut détruire une personne. En tant que jeune frère j’en ai rajouté moi-même à sa détresse, surtout parce qu’il était plus atteint que moi. La lecture de “Métamorphose” de Kafka m’a ouvert les yeux (NdE: on peut lire le texte intégral de “La métamorphose” ici). Une famille qui s’acharne sur son fils, qui finit pas se transformer en grosse scarabée et se cloîtrer dans sa chambre.

Mes parents ont fini par accepter qu’il allait rester à la maison. Il y a eu des clashes avec mon père, qu’il a tabassé à deux reprises. Ils ont toujours dit qu’il faisait tout exprès pour les embêter, qu’il était différent avec les autres.

Dans les derniers mois de vie de mon père il a été exemplaire. Il ne garde aucune rancœur pour ce qu’on lui a fait subir. Il garde son calme avec ma mère qui répète en boucle qu’il la déteste, sans doute par sentiment de culpabilité.

Quand ma mère décédera je ne suis pas ce qu’il va devenir. Je l’avais fait venir en France pendant une quinzaine d’années pour le séparer des mes parents, mais il retournait passer de plus en plus de temps chez eux. Avec mes propres problèmes je n’ai pas pu m’occuper correctement de lui.

J’espère que tous les parents d’Aspies vont pouvoir positiver en disant que leur enfant est né à une époque quand le Syndrome d’Asperger est reconnu, certes mal. Le rôle des parents est primordial. Je peux comprendre qu’à l’époque Bettelheim a pu se tromper en accusant les mères frigidaires à être à l’origine de l’autisme. C’est plutôt sa réaction à l’autisme qui a transformé ma mère en mère frigidaire. Elle n’a pas su ou pu faire le deuil de l’enfant différent.”

NdE: Bettelheim était un psychologue aussi complexe que controversé. Ses théories ont donné lieu à des interprétations catastrophiques pour la prise en charge des enfants autistes.

L’auteur de ce témoignage ajoute, à propos de son père :

“Je ne voudrais pas que la mémoire de mon père soit associée avec de la violence. Il était ignorant et influencé par son éducation et le fait qu’il a dû affronter la mort à plusieurs reprises pendant la guerre, surtout quand son bateau a été coulé par les Japonais et il a passé 36 heures parmi les requins de l’Océan Indien. Pour lui les problèmes d’ordre de la santé mentale n’existaient pas. C’était quand même un homme qui a beaucoup changé après et a su maladroitement s’occuper de son fils “différent”. “

C’est normal Docteur ?

La question de la normalité s’impose très vite quand on s’interroge sur la santé. Il existe plusieurs types de normes, et toutes ensemble définissent ce qui est considéré comme la bonne santé. Cependant, normalité et pathologie ne sont pas parfaitement équivalentes.

Les normes médicales sont constituées de mesures relevées sur un grand nombre de personnes afin de définir des moyennes, qui représentent une population. Si on applique la même mesure sur un individu, pioché au hasard dans cette population, cet individu aura de grandes chances d’obtenir un résultat proche de cette moyenne. On définit ainsi un écart acceptable par rapport à la moyenne, et toute mesure qui s’écarte trop de la moyenne sera considérée comme pathologique. Ainsi, les mesures de la température du corps, du pouls, de la glycémie, etc.

Lorsque, en tant que parent, nous sommes confrontés aux normes médicales, nous devons nous souvenir que ces normes ne font que représenter une mesure donnée a un moment donné, et non pas une vérité universelle. Si un diagnostic fondé sur une mesure vous semble aller à l’encontre d’autres signes, il est toujours utile de s’interroger sur la pertinence de cette norme en particulier et d’en discuter avec le médecin. Un très bon exemple est l’usage des courbes de poids pour vérifier la croissance des nouveaux-nés. Ces courbes de poids établies par des mesures chez des bébés nourris au lait artificiel ne peuvent pas être extrapolées chez des bébés nourris au lait maternel.

La démarche inverse est également juste. Une mesure peut tout à fait rentrer dans les normes médicalement établies et amener votre médecin à conclure à tort à l’absence de pathologie, retardant ainsi l’établissement d’un diagnostic, parce que par exemple la mesure à elle seule ne devrait pas suffire, ou bien encore parce que la mesure manque de sensibilité pour détecter le problème recherché. Dans tous les cas, il n’est pas mauvais de se souvenir que les normes médicales ne sont que des chiffres, des outils de comparaison, destinés à faciliter le diagnostic, rien de plus.

Les normes sociales ont également un impact important dans la définition de ce qui est pathologique ou pas. D’une culture à l’autre, ce qui est considéré comme normal peut varier énormément, et ainsi varie notre perception de ce qui est pathologique, et donc de ce qui devrait être traité médicalement. Ainsi, le taux de césariennes ou le taux d’allaitement changent incroyablement d’un pays à l’autre.

Face à un diagnostic, il est toujours intéressant de se demander comment les mêmes symptômes seraient considérés dans une culture différente. Cet impact de la culture est particulièrement important quand il s’agit de définir ce qui pathologique sur le plan des fonctions mentales en général et des fonctions cognitives en particulier. Ainsi, la tolérance à ce qui est inhabituel va souvent définir ce qui est pathologique.

Par exemple, la définition d’un trouble de l’apprentissage est dépendante du système éducatif dans lequel l’enfant se trouve. En changeant l’enfant de contexte, on peut constater que les symptômes disparaissent, ou du moins ne paraissent plus si inhabituels ou anormaux. On peut alors se demander si certains contextes ne génèrent pas leurs propres normes, entraînant ainsi des diagnostics de pathologie qui n’auraient pas eu lieu en dehors de ce cadre.

Par exemple, le système scolaire étasunien a peu à peu évolué vers une élimination progressive des « récréations » et requiert que les enfants soient attentifs aux cours sans prendre de pauses. Il est évidemment très difficile de rester concentré dans de telles conditions et de nombreux enfants manifestent des troubles de l’attention qui sont considérés comme pathologiques dans ce contexte, et sont souvent traités médicalement. Pourtant, on peut imaginer que les mêmes enfants ne présenteraient pas de tels troubles dans un contexte où leur besoin de se dépenser physiquement serait mieux respecté.

Ainsi, face à un diagnostic de pathologie, il me parait sain de se poser la question suivante : pourrait-il être tout simplement d’un signal d’alarme indiquant que le contexte est inapproprié ? Dépression, troubles de l’apprentissage, troubles de l’attention, sont des réactions qui sont souvent liées au contexte, c’est-à-dire à l’environnement, dont l’examen peut montrer qu’il est en fait inapproprié aux besoins physiologiques de l’enfant. On pourra alors décider s’il est opportun de modifier l’environnement avant que de chercher à soigner la «maladie» de l’enfant, ce qui aboutirait à le maintenir dans un contexte inadapté à son équilibre physiologique.

Flylady enterre sa carte de crédit !

Je partage avec vous cette vidéo sur l’enterrement d’une carte de crédit. Elle est en anglais, malheureusement, mais le talent oratoire du maitre de la cérémonie funéraire la rend compréhensible. Et non seulement il est réellement un juge, ce qui donne a la vidéo une saveur particulière, mais en plus il n’est autre que le mari de Marla Ciley, notre flylady de “Entretiens avec mon évier” ! D’ailleurs, on voit Marla auprès de son époux lors d’une séquence.
Après l’oraison, on voit de nombreuses femmes découper au ciseaux leur cartes de crédit ! C’est très drôle et très subversif.

Packing : l’autisme en France

J’ai reçu dans ma boite cette lettre du président de l‘association Autisme PACA. C’est une lettre adressée à l’université Paris 7, dont les enseignements concernant la prise en charge des enfants autistes apparaissent comme non seulement préjudiciables à ces enfants mais également leur fait perdre un temps précieux en les détournant d’une prise en charge adaptée et efficace. Il semble que la France présente un retard aussi inexplicable qu’inexcusable dans ce domaine, ce qui est notamment illustré par la pratique du packing dans 300 établissements.
Je laisse la parole à ce papa :

Monsieur le Président,

Je suis parent d’un enfant autiste, et à ce titre c’est avec consternation que j’ai découvert récemment le contenu du DU “Autisme” de votre Université pour 2010-2011 :

http://www.univ-paris-diderot.fr/formation/DocFormation/broAutisme2010-2011.pdf

Le contenu de cette formation est quasi-exclusivement consacré à l’approche psychanalytique de l’autisme qui est utilisée en France depuis des décennies avec des résultats calamiteux. A l’inverse, les approches éducatives (ABA, TEACCH, PECS) éprouvées et largement utilisées dans le reste du monde depuis 40 ans ne sont que brièvement évoquées, et ce surtout pour parler de leurs “limites”. Cette formation représente un recul pour les familles, en droit d’attendre mieux de votre Université. Vous le constaterez par vous même grâce aux documents suivants :

- l’état des connaissances scientifiques de la HAS (03/2010) n’est pas évoqué dans cette formation :
- Rapport n°102 du Comité Consultatif National d’Ethique de 2007
- le guide Espagnol de bonnes pratiques de prise en charge de l’autisme (2006), à l’inverse, recommande les approches éducatives précitées et qualifie l’approche psychanalytique de l’autisme de “pire erreur de la neuropsychiatrie infantile”.
- le document de synthèse de Autisme Europe de 2009 sur le sujet, établi pour la Communauté Européenne, recommande également les prises en charge éducatives comportementales telles que l’ABA ou le TEACCH comme étant les plus efficaces.

Par ailleurs cette formation fait ouvertement la promotion de la pratique du “packing” qui consiste à envelopper des enfants ou adultes autistes (même des petits de 5 ans) dans des linges glacés à 10° au prétexte de leur “constituer une seconde peau”.

Cette pratique est très controversée sur le plan de l’éthique et n’a aujourd’hui fait l’objet d’aucune validation scientifique - contrairement aux méthodes éducatives que cette formation mentionne à peine. Vous trouverez ci-après la position du Pr Bernadette Rogé, sommité mondiale sur l’autisme qui enseigne la psychologie à l’Université de Toulouse 2 :
http://www.autisme.ch/portail/index.php?option=com_content&view=article&id=307&Itemid=100035

En conclusion, votre Université présente ainsi une formation dépassée, en désaccord avec les connaissances scientifiques sur l’autisme, en décalage total avec ce qui se fait de mieux à l’étranger mais aussi en France en matière de prise en charge de l’autisme.
Les conséquences pour les familles sont incalculables: combien de futurs professionnels seront ainsi formés à des pratiques obsolètes voire néfastes pour les enfants autistes ?

Votre Université risque également de fortement souffrir de la comparaison face à des établissements comme Toulouse-2 ou Lille-3 où encore Paris-5, dans lesquels des formations diplômantes sur l’autisme sont données et nettement plus en accord avec l’état des connaissances et les avancées de la recherche.

Monsieur le Président, j’ose espérer que vous aurez le courage de prendre les décisions qui s’imposent au sujet de ce DU qui fait ne fait pas honneur à votre établissement, tant en France qu’à l’étranger, et qui fera s’il est maintenu en l’état un tort considérable à des générations d’enfants autistes qui ont besoin, aujourd’hui comme demain, de professionnels compétents et correctement formés, pas de thérapies inefficaces, obsolètes et inutiles voire néfastes.

Cordialement.
Un père et un président d’association triste de voir ce retour en arrière !